La Noire Galerie présente “Deep Skin” par Gavin Younge
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Par Nathalie MILTAT
Le travail de Gavin Younge pose la question de la représentation de la violence mais aussi des traumatismes qui en découlent, et qui traversent toute l’histoire de son pays, l’Afrique du Sud.
Dans quelle mesure les arts visuels peuvent-ils matérialiser les blessures physiques et psychiques, l’altération des lieux et des choses, et alors même que l’on en est que témoin ?
A la source, la culpabilité profonde de l’artiste de voir son pays additionner à la structure de l’Apartheid une militarisation agressive, origine de guerres intérieure et extérieure. Aussi, Gavin se fait-il le « messager fantôme » de cette mutilation historique.
Le mode opératoire est le voyage. Pèlerinage sur les zones dévastées (Forces Favourites 1997), récupération des sédiments porteurs d’histoire, re-création, régénération (Onduva, Sumbo). Il s’agit de rendre le monde à nouveau « habitable ».
La sculpture, la vidéo, et même plus récemment la photographie sont autant de moyens pour donner corps à cette représentation.
Fonctionnant sur le mode métaphorique, les œuvres s’enveloppent de vélin, matériau organique, vivant, véritable fil conducteur. Leur opacité nous laisse entrevoir la part de l’infime, de l’intime, la promesse d’une expérience sensible.
Dans la série de portraits de prisonniers qui sont présentés ici pour la première fois, le plasticien ne s’éloigne guère de ses préoccupations. Changement de médium certes, mais continuité de la démarche (la rencontre), des thèmes (effets de la violence politique et sociale, place et rôle des mythes, la reconstruction), continuité chromatique avec le vélin.
Cornelius ‘Whitey’ Noto, Shafiek Abrahams, ou Daniél van Wyk, détenus de la prison de Pollsmoor à Cape Town, tous appartenant au Gang 28 ont construit leurs univers autour de la figure mythique de Nongoloza, bandit de grand chemin, suivant une codification complexe. Reprenant paradoxalement à leur compte, la structure hiérarchique militaire coloniale, ils témoignent au-delà de la brutalité carcérale, de la persistance de la violence première.
Se débarrassant de tout affect, l’artiste procède par enregistrement. Protocole strict : frontalité, uniformité de la pause (personnages en pied, buste découvert, bras le long du corps), fond neutre, compression de l’espace du spectateur.
Ce faisant, au-delà de cette modalité, il donne à voir ce qu’il y a sous la peau. Les tatouages aux messages complexes et codifiés qui se déploient sur la peau, sont, à l’instar des cicatrices, ou ailleurs des sutures, la partie visible de ce qui se joue à l’intérieur.
Chemins aux détours métonymiques, voyage sensible.
Telle est l’invitation des œuvres de Gavin Younge, que la Noire Galerie a, une nouvelle fois, le plaisir de montrer, renforçant son ambition, celle d’être une vitrine de découverte de l’art contemporain africain, art d’aujourd’hui, dont le rythme bat au présent.
Elle est soutenue en cela, et ici, par la Ville de Nantes et la NAAC, à qui j’adresse mes chaleureux remerciements.
